Les 15 derniers jours (22)

Cette histoire a commencé là : http://www.amotsdelies.com/blog/2012/12/les-15-derniers-jours-1/

Réorganisation cellulaire

Un ciel étoilé lui fait face. Comme si elle avait l’œil rivé à un télescope. Un ciel qui bouge. Qui avance à une vitesse vertigineuse. Un ciel qui est en train de l’engloutir.

À son tour, elle crie. De peur, d’excitation, de joie…

Elle a quitté la Terre ! Sa Terre.

Et elle n’est pas seule : Manue et Jérémy, ses deux amis, sont à ses côtés. Entraînés avec elle à travers le ciel vers une destination irréelle : Primaterra.

Ambroise disait vrai ! Les messagers aussi, d’une certaine manière. Même les Mayas avaient raison…

Et si les Mayas les attendaient sur Primaterra ?

L’idée de les rencontrer là-bas emplit la jeune fille d’enthousiasme. Elle pourrait les questionner. Leur demander comment ils ont su. Comment ils ont pu, tant d’années auparavant, prévoir ce qui se passerait aujourd’hui.

Ont-ils quitté la Terre de la même manière qu’elle ?

Ont-ils su être leurs propres émissaires pour partir à la découverte de la mère de toutes les Terres ?

Ambroise…

Une certitude s’impose à Éloïse : Ambroise est un Maya.

Le rire sonore du jeune homme (celui-là même qu’il avait laissé échapper le jour de leur rencontre) la fait soudain sursauter.

Pourtant, Ambroise est invisible.

Manue et Jérémy sont invisibles.

Éloïse elle-même est invisible.

Et pourtant, ils sont là. Ils avancent. Ils volent. Ils émettent des sons. Mais existent-ils vraiment ? Ou plutôt : comment existent-ils ?

« Oublie les questions, conseille Ambroise. Profite plutôt du voyage ! »

Éloïse se sent tout à coup l’esprit étrangement vide. C’est comme si Ambroise avait réussi, en une phrase, à déconnecter ses neurones. C’est pire (ou mieux) qu’une séance approfondie de méditation : plus aucune pensée (même pas la plus anodine) ne se présente à elle.

Comment tout cela va-t-il finir ?

 

Ils s’enfoncent toujours plus vite dans le ciel. Tout autour d’eux, des étoiles multicolores et resplendissantes apparaissent puis se fondent dans le néant. Des filaments bleutés semblent les traverser de part en part.

À plusieurs reprises, Éloïse a l’impression de voir une planète qui ressemblerait à s’y méprendre à la Terre. Les clones de la planète bleue dont Ambroise lui a parlé ?

En même temps, tout cela lui rappelle son stage de plongée en Méditerranée. C’est un peu la même sensation. L’impression de flotter. De ne plus évoluer dans le même monde. De ne plus être vraiment elle-même.

C’est une plongée dans le vide qu’ils sont en train de vivre.

Mais où est le fond qui les arrêtera dans leur course ?

Primaterra se fait attendre.

Enfin, même si les notions de temps et de vitesse ont perdu toute consistance, Éloïse a l’impression de ralentir. De retrouver un semblant de verticalité et de pesanteur.

« Ton corps est en train de se reconstruire » se dit-elle.

C’est tout juste si elle n’a pas la vision de millions d’atomes et de molécules en train de se regrouper, de s’associer, de se remettre en ordre… pour redevenir elle-même.

« Une réorganisation moléculaire ! Génial ! »

Cette fois, c’est le timbre de la voix de Jérémy qui emplit son tympan. Ils ont bien fait le voyage ensemble.

Plus faible, la voix de Manue résonne à son tour.

« Je ne sais pas vous, mais moi j’ai une sacré envie de gerber… »

Une sensation de bonheur envahit tout à coup Éloïse : où qu’elle soit arrivée, quelle que soit la forme de vie qui s’offre à elle désormais, ses deux amis sont là pour la partager avec elle.

Primaterra peut n’être qu’un mirage, ce n’est pas important. La Terre peut avoir disparu, cela ne l’est pas non plus : son monde à elle ne s’est pas totalement écroulé.

 

« Élo ? Élo, ça va ? »

Ses poumons sont en feu, sa tête aussi lourde qu’une enclume et ses paupières paraissent comme engluées dans une sorte de sable mouvant : la jeune fille ne peut pas (et ne veut pas) répondre.

« Laisse-moi tranquille, implore-t-elle silencieusement.

— Impossible, lui répond la voix de Jérémy.

— Comment est-ce que tu peux m’entendre ? Je n’ai pas ouvert la bouche.

— Ici, ce n’est pas la peine. On ne communique pas de la même manière.

— Ici ?

— Sur Primaterra. »

Des images de ciel étoilé s’effilochent sur les rétines de la jeune fille. Tout lui revient : le meeting dans l’amphi, le voyage dans l’espace, la réorganisation moléculaire à l’arrivée…

Mais à l’arrivée où ?

Les paupières obstinément baissées, Éloïse fait connaissance avec son nouvel environnement. Il semble ne pas y avoir de bruit ; pourtant, des conversations lui parviennent. Une sensation de chaleur, douce et pénétrante, lui caresse le visage ; pourtant, le reste de son corps semble saisi par le froid.

L’air qui emplit ses poumons a l’âpreté d’un fruit encore vert ; pourtant, respirer lui donne une sensation de légèreté inconnue.

Primaterra n’a décidément rien à voir avec la Terre…

À suivre

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