À l’abri (11)

Cette histoire a commencé ici.

Couloir plein de portes

Il fallait que ma blessure cicatrise pour que je puisse me tenir debout et espérer quitter ma nouvelle prison. Alors j’ai fait tout ce qu’il fallait pour ça. J’ai été sage comme une image.

La première fois, ça m’a fait drôle de me retrouver en position verticale. Pourtant, il n’y avait pas si longtemps que j’étais là. Le corps oublie donc si vite ?

Tout à coup, j’ai eu peur : et si je ne supportais plus les rayons du soleil sur ma peau ? Si j’étais condamné à vivre dans une bulle ? Blade et Toad portaient toujours leur tenue de cosmonaute quand ils venaient me voir et ils avaient dit que c’était pour me protéger.

Et si je devais me contenter de regarder l’extérieur au travers d’une vitre ? Rien que d’y penser, des envies de meurtre me reprenaient.

D’autres questions me hantaient : combien étions-nous de survivants de cette mascarade ? Pourquoi n’avais-je vu personne, en-dehors de Blade et Toad ?

Je me mis à faire les cent pas, à la poursuite de réponses.

Ma nourriture arrivait par une trappe dans l’un des murs. Qui la préparait ?

Mes draps étaient changés chaque fois que je prenais une douche. Qui s’en chargeait ?

Et quand allais-je enfin sortir ?

— Bientôt, répondait invariablement Toad quand je lui posais la question.

C’était à devenir fou. Comme si, après avoir été enfermé dans cet abri pour rien, je ne méritais pas un peu de liberté !

J’en étais à échafauder toutes sortes de plans, tous plus délirants les uns que les autres, pour fausser compagnie à mes deux cosmonautes, quand un doute vint m’envahir… Ici aussi, j’étais derrière une porte. Qui se fermait automatiquement chaque fois que Toad et Blade s’en allaient.

Mais était-elle vraiment fermée ? Je réalisais tout à coup que je n’avais jamais essayé de l’ouvrir.

Saloperie de Delta Un ! Cet abri m’avait tellement conditionné pour rester cloîtré que je n’arrivais même plus à avoir l’idée d’essayer de sortir…

Bien décidé malgré tout à en avoir le cœur net, je parcourus les quelques mètres qui me séparaient de la porte. Je levai la main pour m’emparer de la poignée… mais mes doigts refusèrent de l’enserrer.

Mal à l’aise, je lançai un regard noir aux haut-parleurs muets. J’étais sûr qu’on me regardait. Inutile de le nier : ça me filait les jetons. Manifestement, l’expérience n’était pas terminée…

Toad et Blade avaient dit qu’ils avaient des ordres. Des ordres de qui ? Qui tirait les ficelles ?

J’avais le droit de savoir.

L’image du soleil gravée dans mon cerveau pour me donner du courage, je m’emparai de la poignée de la porte. Elle s’abaissa sans bruit, n’offrant aucune résistance. J’eus une dernière hésitation avant de la tirer vers moi. Puis j’inspirai un grand coup et fis un pas en avant.

Je me trouvais au milieu d’un long couloir blanc. Un vrai couloir d’hôpital. Ou de prison. Ou d’asile. Un couloir plein de portes.

Longtemps, j’hésitai. J’espérais presque qu’une voix sorte des haut-parleurs de la pièce que j’essayais de quitter, m’ordonnant d’y revenir.

J’avais tellement perdu l’habitude d’être maître de mes décisions que j’étais tout bonnement incapable d’en prendre une. C’est alors qu’un début de vertige m’obligea à faire un pas en avant. Celui-ci en entraîna un deuxième. Puis un troisième. Et ainsi de suite.

Bientôt, je me mis à courir : dehors, le soleil m’attendait !

Au bout du couloir, une double porte sans poignée me faisait face. Emporté par mon élan, je la poussai sans effort. Et là, je m’arrêtai net.

À suivre

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