À l’abri (12)

Cette histoire a commencé ici.

Escalier vers la lumière

Je me trouvais dans une salle immense, dont les murs étaient recouverts d’écrans. Certains étaient noirs (sans doute éteints) ; les autres diffusaient des images qui m’étaient familières : scènes de vie dans des abris, personne alitée… Sur l’un d’entre eux, il me sembla même reconnaître Blade et Toad.

J’étais dans une salle de contrôle. Mais il n’y avait personne pour contrôler.

Instinctivement, je regardai tout autour de moi, aux quatre coins de la pièce. Ni haut-parleur, ni caméra visible. Étais-je enfin sorti du champ de l’expérience ?

Fasciné par les murs d’images, je ne pus m’empêcher de m’approcher pour les voir plus en détail.

En dessous de chaque écran, il y avait un code : le nom d’un abri, un numéro, une suite de caractères incompréhensible… Je cherchai Delta Un : l’écran était noir.

Circulez, il n’y a plus rien à voir…

En tout cas, aucun écran ne montrait l’extérieur. Je devais continuer à chercher.

Revenant sur mes pas, je parcourus cette fois le couloir en marchant. La porte de ma chambre était restée ouverte ; j’eus presque envie de m’y réfugier, mais si je l’avais fait, je n’aurais plus jamais trouvé le courage d’en sortir. Je me forçai donc à continuer.

À l’autre extrémité, il y avait un escalier qui menait à l’étage supérieur. J’entrepris de monter les marches. Une, deux, trois, quatre… Une douleur se réveilla dans ma blessure et m’obligea à m’arrêter.

J’étais à deux doigts de me laisser tomber par terre et d’attendre là qu’on vienne me chercher quand un bruit me fit tendre l’oreille. Une sorte de chuintement. Lancinant. Avec de légères modulations.

Le bruit d’une éolienne !

Qui dit éolienne dit vent. Qui dit vent dit air libre. L’air libre m’attendait !

Une grosse caisse dans la poitrine, je repris mon ascension. L’escalier tournait. Il me parut ne jamais finir. Dans mes oreilles, le bruit enflait, en même temps qu’une lueur semblait m’aspirer vers le haut.

La lumière était de plus en plus forte. Éblouissante.

La douleur dans mon ventre avait disparu. Je me sentais tellement léger que j’aurais pu courir, même dans l’escalier…

 

— T’étais mort, Papy ?

— Presque, fiston, presque ! Faut dire que j’avais perdu un paquet de sang… Heureusement, les équipes de déconfinement sont arrivées à temps pour m’empêcher de grimper l’escalier jusqu’au bout. Ils m’ont vite sorti de l’abri et amené à l’hosto.

— Et dehors, c’était comment, finalement ?

— Grillé. Un sol plein de poussières. Un ciel gris rempli de particules. L’air épais comme de la mélasse. On ne pouvait y rester que quelques minutes : le niveau de radiations était trop élevé pour qu’on résiste… Comme aujourd’hui, quoi !

— T’as pas revu le soleil, alors ?

— Eh non, fiston ! Plus personne n’a revu le soleil depuis. Mais on a survécu, tu vois.

— Et on t’a pas mis en prison ?

— Non. On n’était déjà pas bien nombreux à sortir vivants des abris ; tout le monde devait participer au redémarrage de la ville.

— Alors, tout ce que t’as raconté, avec le Docteur Toad et le Commissaire Blade, c’était des histoires ?

— Un délire, plutôt. J’ai vraiment eu l’impression de vivre tout ça ! Faut croire que d’être resté dans cet abri aussi longtemps m’avait rendu un peu fou… Ça a quand même duré plus d’un an… Si on ne s’était pas entretués, on serait tous morts de faim : il n’y avait plus de réserves. C’est pour ça que les équipes de déconfinement ont ouvert les abris, même si les radiations à l’extérieur étaient trop élevées pour qu’on revive normalement.

Revivre normalement…

Quand j’y repense, ça paraît tellement incroyable, tout ça… Se déplacer à l’extérieur sans combinaison protectrice, se nourrir des produits de la terre… C’était vraiment une autre époque. Un autre monde. Est-ce bien moi qui ai vécu dans cet univers-là ? A-t-il seulement réellement existé ?

Parfois, j’en doute.

FIN

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10 réflexions au sujet de « À l’abri (12) »

    1. Bonjour MarieBo,

      Eh oui, enfin la fin ! Il fallait bien qu’elle arrive un jour :-)
      Merci pour ta fidélité 😉

      Florence

  1. Ainsi s’achève l’histoire si astucieusement mise en mots par toi, Florence.
    Bravo pour cette incursion imaginaire dans un monde de demain (?). On s’y croyait vraiment.
    Aujourd’hui, à la satisfaction de connaître enfin la fin s’oppose la frustration de ne pouvoir continuer à faire encore un bout de chemin avec ton héros.
    Comment survivrons-nous à un tel manque ?
    En espérant et attendant la venue, sur ton blog, d’une prochaine nouvelle tout aussi alléchante.
    Merci encore de nous avoir permis de voyager, avec toi, dans le temps…
    Patricia

    1. Bonjour Patricia,

      Merci pour ton commentaire. Je suis ravie de voir que j’ai « accroché » mes lecteurs et comme l’exercice m’a plu, il est fort possible, en effet, que je le renouvelle.
      Avec une suite à « l’abri » ? Qui sait…
      J’y réfléchis :-)

      Florence

  2. Ah voila la fin ! Enfin, on « sait » tout maintenant. 😉

    Ça me touche beaucoup – et tu sais pourquoi – donc bravo pour cette conclusion qui donne beaucoup à réfléchir et qui, comme le dit MarieBo, restera bien une fiction.

    J’espère que ça t’a donné le virus de publier plus de nouvelles comme ça !! …Un recueil n’est ensuite jamais très loin. 😉
    Jean-Philippe Articles récents..La femme sans peur (14)My Profile

    1. Bonjour Jean-Philippe,

      Tu sais aussi que cette histoire n’aurait jamais vu le jour sans toi, en tout cas pas sous cette forme. Donc merci à toi :-)
      Quant à d’autres histoires, j’y réfléchis… mais ma fille m’a aussi donné l’idée d’une autre version de l’abri, plus riche et tournée vers un public ado.
      Je ne sais pas encore quel projet verra le jour en premier… Et puis, je ne peux pas abandonner mes tranches de vie comme ça :-)

      Florence

  3. Cette nouvelle que j’ai lue avec intérêt et passion n’est pas sans me rappeler un film vu il y a quelques années « Soleil vert ». Même angoisse, même peur du futur et de la folie des hommes. Merci Florence, c’était un voyage réussi.

    1. Bonsoir Chantal,

      Je ne connais pas Soleil vert mais je suis ravie qu’À l’abri vous ait plu :-)
      À bientôt pour d’autres voyages !

      Florence

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