Une biographiée au vide-grenier

Biographe au vide-grenier

Quand on exerce le métier de biographe, le bouche à oreille se met lentement en route. C’est normal. Dès lors qu’il s’agit d’une vie entière, tout prend du temps.

Décider d’en faire le récit, se raconter, distribuer le livre obtenu à ses proches, parler de cette expérience particulière, donner envie à d’autres de se lancer à leur tour… D’autres qui vont avoir besoin de temps pour se décider, etc.

Mais lorsque la roue est lancée, elle tourne. Et elle tourne de plus en plus vite ! Avec à la clé des rencontres aussi fortuites que réjouissantes…

Nous sommes samedi ; je déambule avec ma famille dans un vide-grenier lorsque j’avise Madame V. : elle tient un stand. Deux autres femmes l’accompagnent.

– C’est avec elle que j’ai fait le livre, leur dit-elle.

– Ah, c’est vous ? Vous me connaissez, alors, me dit l’une d’entre elles, je suis sa petite sœur.

– Moi, je suis sa nièce ! renchérit l’autre. Vous me connaissez aussi !

Virtuellement, bien sûr. Mais de là à reconnaître dans les personnes qui me font face les petites filles qui figurent en noir et blanc dans le cahier de photos du livre… Ce serait beaucoup demander !

Devant moi, la discussion s’engage entre la sœur et la nièce (qui ne sont pas, je le comprendrai plus tard, mère et fille). Comme souvent, la plus jeune est très enthousiaste.

– C’est une idée géniale, d’avoir fait ce livre ! Les choses ont tellement changé, ces dernières décennies… Tout le monde devrait prendre le temps de faire ce genre de chose !

– À quoi ça servirait, que je le fasse aussi ? rétorque son interlocutrice. Je suis sa sœur, nous avons vécu les mêmes choses, à la même époque.

– Pas exactement les mêmes choses, objecte sa sœur. Nous n’avons pas le même âge, ne sommes pas allées dans les mêmes écoles…

– C’est vrai que j’ai été pensionnaire dès l’âge de cinq ans…

– Et puis, vous avez forcément vu les choses sous des angles différents, ajoute la nièce.

– C’est vrai. Maintenant que tu le dis…

Au moment de les quitter, la plus jeune me retient un peu.

– Vous seriez disponible pour travailler avec ma mère ? Je ne suis pas sûre qu’elle soit tellement d’accord, mais en lui demandant

– Et en insistant un peu, ajoute Madame V., comme pour moi ! C’était le cadeau de Noël de ma belle-fille. J’ai bien été obligée de me lancer… Mais je ne le regrette pas ! conclut-elle. Mes petits-enfants ont été ravis.

Il y avait du brouillard sur le vide-grenier. Tout à coup, pour moi, c’était comme s’il se levait. Une belle journée de biographe s’annonçait !

2 réflexions au sujet de « Une biographiée au vide-grenier »

  1. Bonjour Florence,

    Mon grand-père aime aussi parler de son livre autour de lui. Malheureusement, il ne sort plus beaucoup de chez lui…
    En tout cas, je ne crois pas qu’on puisse regretter ce genre de démarche : cela apporte tellement à toute la famille !!!
    Bien amicalement

    Geoffroy

    1. Bonjour Geoffroy,

      Merci pour votre commentaire… et votre fidélité à ce blog 😉
      Jusqu’à présent, je n’ai en effet rencontré personne qui ait regretté de faire le récit de sa vie. Même si c’est parfois difficile ou douloureux, il y a toujours au final un sentiment de grande fierté. Souvent aussi de l’apaisement. Sans compter, bien sûr, le bonheur et l’émotion des proches.
      Au plaisir de vous lire :-)

      Florence

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